Que deviennent vos e-mails, photos, profils et comptes en ligne lorsque vous mourez ? En France, 88,7 % des habitants utilisent internet, mais très peu laissent des instructions sur le sort de leur vie numérique après la mort. D'ici 2100, les seuls comptes Facebook de personnes décédées pourraient atteindre 1,4 milliard, et vers 2070 les morts pourraient dépasser les vivants sur le réseau.
En résumé
En France, 88,7 % des habitants utilisent internet, mais très peu laissent des instructions sur le sort de leur vie numérique après la mort. D'ici 2100, les comptes Facebook de personnes décédées pourraient atteindre 1,4 milliard, et vers 2070 les morts pourraient y dépasser les vivants. Sans consignes claires, e-mails, photos et comptes en ligne deviennent un casse-tête pour les proches.
Cette page rassemble les statistiques les plus importantes sur l'héritage numérique en France : l'ampleur de notre empreinte en ligne, le peu d'anticipation, ce que vivent les proches, ce que dit la loi française et comment organiser ses comptes à temps. Chaque chiffre est relié à sa source, que vous trouverez en bas de page.
- Une vie de plus en plus numérique en France
- Quand les morts rejoignent le réseau
- Les Français peu préparés à leur mort numérique
- Le casse-tête pour les proches
- La loi française, pionnière sur la mort numérique
- Ce que proposent les plateformes
- Des actifs numériques qui valent de l'argent
- Préparer sa mort numérique : les bons réflexes
- Sources
Une vie de plus en plus numérique en France
Avant de parler de mort numérique, il faut mesurer l'ampleur de notre vie en ligne. En France, presque tout le monde laisse aujourd'hui une trace numérique conséquente.
1. 88,7 % des Français de 15 ans et plus se connectent à internet
Selon l'INSEE, en 2024, 88,7 % des personnes de 15 ans ou plus résidant en France ont utilisé internet au cours des trois derniers mois, contre 65,1 % en 2009. Chacune de ces personnes accumule des comptes, des messages et des photos qui lui survivront.1
2. 91 % de la population possède un smartphone
D'après le Baromètre du numérique 2024 (CREDOC pour l'ARCEP et ses partenaires), 91 % de la population française possède un smartphone, devant l'ordinateur (89 %) et la tablette (54 %). Ce téléphone concentre souvent l'accès à l'ensemble de la vie numérique d'une personne.2
3. 50,4 millions de Français sur les réseaux sociaux
Le rapport Digital 2025 de We Are Social et Meltwater recense 50,4 millions d'utilisateurs des réseaux sociaux en France, soit environ 75,7 % de la population. Autant de profils, de pages et de souvenirs partagés qui ne disparaissent pas automatiquement au décès de leur titulaire.3
Quand les morts rejoignent le réseau
Cette masse de comptes ne s'efface pas avec la disparition de leur propriétaire. À l'échelle mondiale, le phénomène prend des proportions vertigineuses.
4. Les morts pourraient dépasser les vivants sur Facebook vers 2070
Une étude de l'Oxford Internet Institute (Université d'Oxford), publiée en 2019 dans la revue Big Data & Society, projette que le nombre de comptes de personnes décédées sur Facebook pourrait dépasser celui des comptes de personnes vivantes aux alentours de 2070. Le réseau deviendrait alors le plus grand cimetière virtuel de l'histoire.4
5. Au moins 1,4 milliard de comptes de défunts d'ici 2100
La même étude estime que, sur la seule base des utilisateurs de 2018, au moins 1,4 milliard de membres de Facebook seront décédés avant 2100. Si le réseau continue de croître à son rythme historique, ce chiffre pourrait atteindre 4,9 milliards de comptes de personnes décédées.5
6. Près d'un Français sur trois confronté aux comptes de défunts
D'après une enquête Harris Interactive pour la CNIL menée en novembre 2024, près d'un tiers des Français (31 %) déclarent avoir déjà été confrontés à des contenus publiés depuis le compte d'une personne décédée sur les réseaux sociaux. Pour 17 % d'entre eux, cela s'est même produit plusieurs fois.6
Les Français peu préparés à leur mort numérique
Si le sujet touche presque tout le monde, l'anticipation reste rare. La majorité des Français préfère encore confier la question à leurs proches plutôt que de la régler eux-mêmes.
7. Seulement 22 % veulent gérer leurs données de leur vivant
Toujours selon l'enquête CNIL / Harris Interactive de novembre 2024, la moitié des Français (50 %) estiment que la gestion de leurs contenus après la mort revient à un proche ou à un descendant. Seuls 22 % souhaitent s'en charger eux-mêmes à l'avance, ce qui laisse l'essentiel de l'organisation aux familles.7
8. Seuls 14 % se tourneraient vers un tiers de confiance
Dans la même enquête, à peine 14 % des Français confieraient le sort de leurs contenus à un tiers de confiance désigné de leur vivant, comme une entreprise ou un notaire, et 13 % à la plateforme qui héberge leurs contenus. Le recours aux outils prévus par la loi reste donc marginal.8
9. La moitié des Français veulent que leurs publications soient supprimées
Interrogés sur le devenir de leurs propres contenus après leur mort, environ la moitié des Français préféreraient qu'ils soient supprimés, 26 % qu'un tri soit fait entre ce qui est conservé et ce qui est effacé, et 21 % qu'ils restent visibles indéfiniment. Sans démarche de leur vivant, ce souhait risque pourtant de ne jamais être appliqué.9
Le casse-tête pour les proches
Faute de préparation, les familles héritent d'un labyrinthe de comptes verrouillés, d'abonnements et de souvenirs auxquels elles n'ont pas accès.
10. Les données du défunt ne relèvent pas du RGPD
La CNIL rappelle que le Règlement général sur la protection des données (RGPD) ne s'applique qu'aux personnes vivantes, et donc pas aux données des personnes décédées. Les proches ne disposent d'aucun droit d'accès automatique fondé sur le RGPD, ce qui complique la fermeture ou la récupération des comptes.10
11. Inventorier le patrimoine numérique est un vrai défi pour les notaires
Selon le Village des Notaires, comptes de trading, comptes de jeux, cryptomonnaies et réseaux sociaux compliquent le règlement des successions. Les héritiers n'ont pas toujours connaissance de ces avoirs, et le notaire peut peiner à en dresser l'inventaire complet et à les valoriser.11
12. Une certification de notaire dédiée au patrimoine numérique depuis 2024
Face à la complexité du sujet, le notariat a créé en 2024 une certification spécifique Notaire conseil en patrimoine numérique, qui atteste de compétences particulières pour accompagner la transmission des actifs et données en ligne. Signe que la mort numérique est devenue un enjeu concret des successions françaises.12
La loi française, pionnière sur la mort numérique
La France a été l'un des premiers pays à reconnaître un droit sur le sort des données après la mort, avec la loi pour une République numérique. Encore faut-il en connaître les mécanismes.
13. La loi du 7 octobre 2016 crée le droit à la mort numérique
La loi n°2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique a inséré un article 85 dans la loi Informatique et Libertés de 1978. Toute personne peut désormais définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication de ses données à caractère personnel après son décès.13
14. Deux types de directives : générales et particulières
La CNIL distingue les directives générales, qui s'apparentent à un testament portant sur l'ensemble des données et peuvent être enregistrées auprès d'un tiers de confiance certifié par la CNIL, et les directives particulières, qui visent un service précis (un réseau social, un site) et sont confiées directement au responsable de ce traitement.14
15. Sans directives, ce sont les héritiers qui agissent
En l'absence de directives, l'article 85 et la CNIL prévoient que les héritiers peuvent exercer certains droits : clôturer les comptes du défunt, s'opposer à la poursuite du traitement, faire prendre en compte le décès et accéder aux données nécessaires au règlement de la succession. Ces actions doivent rester liées à la succession.15
Ce que proposent les plateformes
Les grands services en ligne ont mis en place leurs propres outils pour préparer son décès numérique. Les connaître permet d'agir en quelques minutes.
16. Google permet de désigner jusqu'à 10 contacts de confiance
Le Gestionnaire de compte inactif de Google permet de désigner jusqu'à 10 personnes qui recevront tout ou partie des données (Gmail, Google Photos, Drive, etc.) si le compte reste inactif pendant une durée définie à l'avance par l'utilisateur. C'est une forme de testament numérique propre à l'écosystème Google.16
17. Facebook propose un contact légataire et un compte de commémoration
Facebook permet de désigner un contact légataire qui, après le décès, pourra gérer un compte transformé en compte de commémoration : épingler un hommage, changer la photo de profil, répondre aux demandes d'amis ou télécharger une copie des publications. Ce contact ne peut jamais se connecter ni lire les messages privés.17
18. Apple permet de désigner un ou plusieurs contacts légataires
Apple propose la fonction contact légataire : on peut en désigner plusieurs, chacun pouvant ensuite accéder seul aux données du compte (photos, messages, notes, fichiers, sauvegardes). Pour y accéder après le décès, le contact doit fournir la clé d'accès générée lors de la désignation et le certificat de décès.18
Des actifs numériques qui valent de l'argent
La mort numérique ne concerne pas que les souvenirs. Certains avoirs en ligne ont une valeur réelle, et un simple mot de passe perdu peut les rendre inaccessibles à jamais.
19. Entre 2,3 et 3,7 millions de bitcoins seraient perdus à jamais
Selon des estimations de Chainalysis relayées par Ledger, entre 2,3 et 3,7 millions de bitcoins sont définitivement perdus, soit environ 11 % à 18 % de l'offre maximale de 21 millions. Une part de ces pertes vient de clés privées oubliées ou de propriétaires décédés sans avoir transmis leurs accès.19
20. Le notariat recommande coffre-fort numérique et directives
Pour éviter ces pertes, le notariat met en avant les coffres-forts numériques certifiés par la CNIL, qui permettent de stocker de façon sécurisée les identifiants des comptes en ligne et de désigner des bénéficiaires. Couplés à des directives et à un testament, ils sécurisent la transmission du patrimoine numérique.20
Préparer sa mort numérique : les bons réflexes
Anticiper sa mort numérique prend peu de temps et soulage énormément les proches. Quelques gestes concrets suffisent à reprendre la main.
21. 8 % des utilisateurs accepteraient de nourrir une IA avec leurs données
L'enquête CNIL / Harris Interactive de 2024 montre une forte réticence face aux IA capables de ressusciter un défunt : seuls 8 % des Français se disent certainement prêts à fournir leurs contenus à ce type d'intelligence artificielle, et environ 72 % refusent. Raison de plus pour fixer soi-même des directives claires de son vivant.21
22. Des directives particulières ne peuvent pas découler des seules CGU
La CNIL précise que les directives particulières doivent résulter d'un consentement spécifique de la personne et ne peuvent pas naître de la simple approbation des conditions générales d'utilisation d'un service. Il faut donc paramétrer activement chaque service (contact légataire, gestionnaire de compte inactif) pour que ses volontés soient prises en compte.22
L'héritage numérique fait partie d'une succession bien préparée. Organiser ses comptes et consigner ses volontés dans un testament évite aux proches des comptes verrouillés et des prélèvements qui continuent. Pour un point de départ guidé, vous pouvez utiliser notre générateur de testament ou consulter les articles Faire un testament, Combien de personnes ont un testament ? et Statistiques sur les litiges successoraux.
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Kuch, Max. "Que deviennent les comptes en ligne après la mort ? (Héritage numérique)" Testament Facile, 2026, testamentfacile.fr/blog/heritage-numerique-statistiques/
Kuch, Max. "Que deviennent les comptes en ligne après la mort ? (Héritage numérique)" Testament Facile, 2026. https://testamentfacile.fr/blog/heritage-numerique-statistiques/
Questions fréquentes
Que deviennent les comptes en ligne après la mort ?
Sans instructions, ils restent souvent actifs et deviennent difficiles d'accès pour les proches. La loi française permet de définir à l'avance des directives sur le sort de ses données numériques après le décès.
Peut-on organiser sa succession numérique ?
Oui. Vous pouvez laisser des directives sur vos comptes, e-mails et fichiers, désigner une personne de confiance et utiliser les outils prévus par les plateformes. Consigner ses accès et volontés évite un casse-tête à vos proches.
Sources
- 1INSEE (insee.fr)
- 2ARCEP / CREDOC (arcep.fr)
- 3We Are Social (wearesocial.com)
- 4Oxford Internet Institute (eurekalert.org)
- 5Oxford Internet Institute (eurekalert.org)
- 6CNIL / Harris Interactive (cnil.fr)
- 7CNIL / Harris Interactive (cnil.fr)
- 8CNIL / Harris Interactive (cnil.fr)
- 9CNIL Linc (linc.cnil.fr)
- 10CNIL (cnil.fr)
- 11Village des Notaires (village-notaires-patrimoine.com)
- 12Village des Notaires (village-notaires-patrimoine.com)
- 13Légifrance (legifrance.gouv.fr)
- 14CNIL (cnil.fr)
- 15Légifrance (legifrance.gouv.fr)
- 16Google (support.google.com)
- 17MemoMori (memomori.fr)
- 18Apple (support.apple.com)
- 19Ledger / Chainalysis (ledger.com)
- 20Village des Notaires (village-notaires-patrimoine.com)
- 21CNIL Linc (linc.cnil.fr)
- 22CNIL (cnil.fr)
À propos de l'auteur
Max Kuch
Max Kuch travaille depuis des années sur le droit des successions, la planification patrimoniale et les questions de consommation liées à l'héritage. Pour Testament Facile, il rassemble et analyse les données officielles, ici notamment celles de l'INSEE, de la CNIL, du notariat et de l'Oxford Internet Institute, et les rend accessibles.