Que regrette-t-on le plus en fin de vie ? (Statistiques)

· Publié le · Mis à jour le

Que regrette-t-on lorsque la vie touche à sa fin ? L'infirmière en soins palliatifs Bronnie Ware a noté ce que les mourants lui confiaient le plus souvent, et en premier ne venaient presque jamais le travail ni les biens, mais le souhait d'avoir vécu avec plus de courage, d'avoir exprimé ses sentiments et d'avoir entretenu ses relations. La recherche montre par ailleurs ce qui compte vraiment à la fin : l'absence de douleur, la paix intérieure et le fait de ne pas être un fardeau.

En résumé

Interrogés en fin de vie, les mourants évoquent rarement le travail ou les biens. L'infirmière en soins palliatifs Bronnie Ware a recueilli leurs regrets les plus fréquents : avoir manqué de courage pour vivre à leur façon, ne pas avoir exprimé leurs sentiments, avoir laissé se distendre leurs relations. La recherche confirme ce qui compte vraiment à la fin : l'absence de douleur, la paix intérieure et le fait de ne pas être un fardeau pour ses proches.

Cette page rassemble les statistiques et les enseignements les plus importants sur ce que l'on regrette en fin de vie et sur ce qui compte : les cinq regrets des mourants, l'écart entre le souhait de mourir chez soi et la réalité française, le tabou de la mort et la façon dont des affaires en ordre allègent le fardeau de ceux qui restent. Chaque chiffre est relié à sa source, que vous trouverez en bas de page.

Ce que disent ceux qui partent

Une infirmière australienne en soins palliatifs a recueilli pendant des années les confidences de ses patients dans leurs dernières semaines. Ses observations, devenues une référence internationale, éclairent ce qui pèse vraiment à la fin.

1. Le premier regret n'est jamais le travail accompli

Bronnie Ware, infirmière en soins palliatifs accompagnant des patients durant leurs trois à douze dernières semaines de vie, rapporte que le regret le plus fréquent est: "j'aurais aimé avoir le courage de vivre une vie fidèle à moi-même, et non celle que les autres attendaient de moi". Elle le décrit comme le plus souvent exprimé parmi tous ses patients.1

2. Avoir trop travaillé, un regret récurrent

Le deuxième regret le plus cité par les patients de Bronnie Ware est "j'aurais aimé ne pas avoir autant travaillé". Elle note qu'il revenait particulièrement chez les hommes, qui regrettaient le temps perdu loin de leurs enfants et de leur compagne.2

3. Les liens et les sentiments, avant tout le reste

Les trois autres regrets recueillis par Bronnie Ware portent tous sur les relations: ne pas avoir osé exprimer ses sentiments, ne pas avoir su garder le contact avec ses amis, et ne pas s'être autorisé à être plus heureux. Elle résume que tout, à la fin, revient à l'amour et aux relations.3

Ce qui compte vraiment à la fin, selon la recherche

Au-delà des témoignages, des travaux universitaires ont cherché à mesurer ce que les personnes en fin de vie jugent essentiel. Les résultats convergent et surprennent parfois.

4. Vingt-six priorités partagées par tous

Dans une étude de référence menée auprès de patients, de proches et de soignants, Steinhauser et ses collègues identifient vingt-six éléments jugés importants par plus de 70 % de chaque groupe, parmi lesquels le soulagement de la douleur, la préparation à la mort et le sentiment d'avoir accompli ce qui comptait. La gestion de la douleur arrive en tête.4

5. Ne pas être un fardeau, une préoccupation centrale

La même étude montre que les patients accordent plus d'importance que les médecins à certains éléments: garder l'esprit clair, avoir réglé l'organisation de ses obsèques, ne pas être un fardeau pour ses proches, aider les autres et se réconcilier avec ses croyances. Ces dimensions psychologiques et spirituelles comptent autant que le médical.5

6. Six composantes d'une "bonne mort"

Dans une étude qualitative parue dans les Annals of Internal Medicine, les mêmes chercheurs dégagent six composantes d'une fin de vie apaisée: le contrôle de la douleur et des symptômes, des décisions claires, la préparation à la mort, le sentiment d'achèvement, le fait de contribuer aux autres et la reconnaissance de la personne dans son entièreté. Pour les patients et les familles, le psychologique et le spirituel pèsent autant que le physiologique.6

7. Désigner qui décide, un consensus large

Une troisième étude de la même équipe relève un fort accord entre patients, proches et soignants sur l'importance de désigner une personne pour prendre les décisions, de savoir à quoi s'attendre sur le plan physique, d'avoir réglé ses affaires financières et de coucher ses préférences de soins par écrit. Pourtant, des obstacles concrets empêchent souvent ces préparatifs d'avoir lieu.7

Se réconcilier, pendant qu'il est encore temps

Les derniers jours sont souvent ceux où l'on cherche à réparer ce qui peut l'être. La recherche montre combien ce besoin est puissant, et combien il survient tard.

8. 62 % cherchent la réconciliation en fin de vie

Dans une étude suisse portant sur 50 patients atteints de cancer et en conflit familial grave, des processus de pardon et de réconciliation sont survenus de façon répétée chez 62 % d'entre eux. Beaucoup étaient motivés par l'imminence de la mort, l'intervention d'un tiers et l'expérience de l'espoir.8

9. Beaucoup s'éteignent dans les 48 heures après s'être réconciliés

Cette même étude relève un fait troublant: parmi les patients ayant trouvé le pardon ou la réconciliation, 22 sont décédés dans les 48 heures qui ont suivi. Comme si l'apaisement avec ses proches permettait enfin de partir.9

Mourir chez soi, le souhait que la réalité contredit

La quasi-totalité des Français disent vouloir finir leurs jours chez eux. Les chiffres officiels racontent une tout autre histoire.

10. 55 % veulent mourir chez eux, 26 % y parviennent

Une étude de l'INED fondée sur l'enquête "Fin de vie en France" montre qu'environ 55 % des personnes en fin de vie souhaitent mourir à domicile, mais qu'un quart seulement, soit 26 %, y décèdent réellement. La complexité médicale est la première raison des transferts vers l'hôpital.10

11. La moitié des décès surviennent à l'hôpital

Selon l'INSEE, en 2024, 52 % des décès en France ont eu lieu dans un établissement de santé, 29 % à domicile (celui du défunt ou d'un tiers) et 16 % en Ehpad ou en maison de retraite. Le lieu où l'on meurt reste très éloigné du lieu où l'on aimerait mourir.11

12. La moitié des besoins en soins palliatifs non couverts

Dans son rapport de juillet 2023, la Cour des comptes estime que 60 % des malades en fin de vie nécessitent des soins palliatifs, soit environ 380 000 personnes par an, mais que ces besoins ne sont couverts qu'à hauteur de 50 %. Les moyens hors de l'hôpital, à domicile et en Ehpad, restent jugés insuffisants.12

Le silence français autour de la mort

Préparer sa fin, c'est d'abord oser en parler. Or en France, le sujet reste largement frappé d'un tabou que les enquêtes mesurent année après année.

13. 71 % des Français jugent la mort taboue

Selon une enquête OpinionWay réalisée en 2024 pour Préviseo obsèques auprès de 1 000 personnes, 71 % des Français considèrent la mort comme un sujet tabou dans la société, et 67 % estiment qu'on l'aborde avec trop de crainte. Près de 60 % aimeraient pourtant pouvoir en parler plus ouvertement.13

14. Moins d'un Français sur deux a confié ses volontés

D'après l'Observatoire de la fin de vie 2025 réalisé par Ipsos BVA pour le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie, seuls 43 % des Français ont exprimé leurs préférences de fin de vie à un proche, et 13 % seulement à un professionnel de santé. Le sujet reste, pour beaucoup, repoussé à plus tard.14

Anticiper, un dernier geste pour ceux qu'on aime

Écrire ses volontés, désigner qui parlera pour nous, mettre ses affaires en ordre: autant de gestes qui épargnent des décisions impossibles à ceux qui restent. Les Français les accomplissent encore rarement.

15. Seuls 18 % ont rédigé leurs directives anticipées

Cinq ans après la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016, qui a créé les directives anticipées et la personne de confiance, une enquête BVA de janvier 2021 auprès de 902 Français de 50 ans et plus montre que 18 % avaient rédigé leurs directives anticipées, contre 13 % en 2019 et 11 % en 2018. La progression est réelle mais l'immense majorité ne les a toujours pas couchées par écrit.15

16. Moins de 15 % des Français ont rédigé un testament

Une étude IFOP réalisée en mars 2024 pour l'Asac-Fapes auprès de 1 257 personnes révèle que moins de 15 % des Français ont rédigé un testament, 14 % ayant franchi le pas. Interrogés sur leurs intentions, 63 % répondent négativement, signe d'un manque général de préparation à la transmission.16

17. La personne de confiance, désignée par un tiers seulement

Selon l'Observatoire de la fin de vie 2025 d'Ipsos BVA pour le CNSPFV, 33 % des Français privilégient la désignation d'une personne de confiance pour porter leurs volontés de fin de vie, juste derrière le souhait de rester chez soi. Le dispositif reste connu de façon imprécise et peu mobilisé.17

Ce que confirment d'autres sources indépendantes

D'autres travaux officiels et associatifs, issus de sources différentes, prolongent et précisent ces constats sur la fin de vie en France.

18. Vingt-quatre départements sans unité de soins palliatifs

Selon un rapport d'information du Sénat, la France comptait en 2019 environ 164 unités de soins palliatifs pour 1 880 lits, mais 24 départements métropolitains restaient totalement dépourvus d'une telle unité. Le rapport estime par ailleurs que 62,2 % des personnes décédées en 2014 auraient pu bénéficier de soins palliatifs.18

19. Huit Français sur dix souhaitent mourir chez eux

D'après le Fonds pour les soins palliatifs, environ 8 Français sur 10 souhaitent finir leurs jours à domicile, alors que la majorité des décès ont lieu à l'hôpital. La même synthèse rappelle que les unités de soins palliatifs ne couvrent qu'environ 30 % des besoins estimés.19

20. L'Ehpad, dernier lieu de vie d'un quart des personnes décédées

Selon la DREES, en 2015, 150 000 personnes résidant en Ehpad sont décédées, soit un quart des décès annuels en France. La DREES relève aussi qu'un quart de ces décès de résidents n'ont pas lieu dans l'établissement même, mais au cours d'une hospitalisation.20

21. Deux millions de personnes âgées isolées de leurs proches

Le 3e baromètre des Petits Frères des Pauvres, publié en 2025, estime à 2 millions le nombre de personnes âgées isolées de leurs cercles relationnels. L'association évalue à 750 000 les aînés en situation de mort sociale, c'est-à-dire qui ne rencontrent quasiment jamais d'autres personnes, un chiffre qui pourrait dépasser le million d'ici 2030.21

Beaucoup de choses, en fin de vie, ne peuvent plus être changées. Une le peut : laisser à ses proches des volontés claires et des affaires en ordre, plutôt que de les laisser dans le deuil avec des questions sans réponse. Pour mettre ses affaires en ordre, vous pouvez utiliser notre générateur de testament ou consulter les articles Faire un testament, Combien de personnes ont un testament ? et Héritage numérique.

Utiliser ces données

Vous gérez un site web ou rédigez un article ? Reliez cet article avec cet extrait prêt à l'emploi :

HTML

<a href="https://testamentfacile.fr/blog/regrets-fin-de-vie-statistiques/">Que regrette-t-on le plus en fin de vie ? (Statistiques)</a> – Testament Facile

Citer ces statistiques

Vous pouvez utiliser librement tous les chiffres de cette page dans vos propres articles, études ou présentations. Merci d'indiquer la source avec un lien vers cette page. Choisissez un format de citation et copiez-le en un clic :

APA

Kuch, M. (2026). Que regrette-t-on le plus en fin de vie ? (Statistiques). Testament Facile. https://testamentfacile.fr/blog/regrets-fin-de-vie-statistiques/

MLA

Kuch, Max. "Que regrette-t-on le plus en fin de vie ? (Statistiques)" Testament Facile, 2026, testamentfacile.fr/blog/regrets-fin-de-vie-statistiques/

Chicago

Kuch, Max. "Que regrette-t-on le plus en fin de vie ? (Statistiques)" Testament Facile, 2026. https://testamentfacile.fr/blog/regrets-fin-de-vie-statistiques/

Questions fréquentes

Quels sont les principaux regrets en fin de vie ?

Selon les témoignages recueillis par l'infirmière Bronnie Ware, les plus fréquents sont d'avoir manqué de courage pour vivre selon ses propres choix, de ne pas avoir exprimé ses sentiments et d'avoir laissé se distendre ses relations. Le travail et l'argent n'y figurent presque jamais en tête.

Qu'est-ce qui compte le plus à l'approche de la mort ?

La recherche met en avant trois priorités : ne pas souffrir, trouver la paix intérieure et ne pas être un fardeau pour ses proches. Les biens matériels et la réussite professionnelle passent au second plan.

Sources

  1. 1Bronnie Ware (bronnieware.com)
  2. 2Bronnie Ware (bronnieware.com)
  3. 3Bronnie Ware (bronnieware.com)
  4. 4Steinhauser et al., JAMA 2000 (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
  5. 5Steinhauser et al., JAMA 2000 (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
  6. 6Steinhauser et al., Annals of Internal Medicine 2000 (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
  7. 7Steinhauser et al., 2001 (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
  8. 8Étude suisse, PubMed 31382757 (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
  9. 9Étude suisse, PubMed 31382757 (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
  10. 10Pennec et al., INED 2015 (shs.cairn.info)
  11. 11INSEE Focus n° 364 (insee.fr)
  12. 12Cour des comptes 2023 (weka.fr)
  13. 13OpinionWay pour Préviseo 2024 (tribune-assurance.optionfinance.fr)
  14. 14Ipsos BVA pour le CNSPFV 2025 (ipsos.com)
  15. 15BVA pour le CNSPFV 2021 (parlons-fin-de-vie.fr)
  16. 16IFOP pour l'Asac-Fapes 2024 (moneyvox.fr)
  17. 17Ipsos BVA pour le CNSPFV 2025 (ipsos.com)
  18. 18Sénat (senat.fr)
  19. 19Fonds pour les soins palliatifs (fondssoinspalliatifs.fr)
  20. 20DREES (drees.solidarites-sante.gouv.fr)
  21. 21Les Petits Frères des Pauvres (petitsfreresdespauvres.fr)
Max Kuch

À propos de l'auteur

Max Kuch

Max Kuch travaille depuis des années sur le droit des successions, la planification patrimoniale et les questions de consommation liées à l'héritage. Pour Testament Facile, il rassemble et analyse recherches et études représentatives, ici notamment celles de Bronnie Ware, de la recherche internationale en soins palliatifs, de l'INSEE, du CNSPFV et du notariat, et les rend accessibles.

Votre projet de testament personnalisé en 15 minutes

Répondez à quelques questions simples et obtenez un projet adapté à votre situation, immédiatement en PDF, Word et OpenOffice.

Créer maintenant votre testament

Personnalisé · Fondé en droit · Téléchargement immédiat

Questions fréquentes

Le projet en lui-même est une aide à la rédaction et n'est pas encore juridiquement valable. Un testament olographe n'est valable que s'il est écrit en entier, daté et signé de la main du testateur (art. 970 du Code civil). Notre projet sert de modèle à recopier.

Le droit français des successions exige que le testament olographe (art. 970 du Code civil) soit écrit en entier, daté et signé de la main du testateur. Un testament imprimé ou rédigé à l'ordinateur n'est pas valable en tant que testament olographe (il peut en revanche être reçu en la forme authentique par un notaire).

La réserve héréditaire est la part du patrimoine que la loi réserve obligatoirement à certains héritiers (les enfants, ou à défaut le conjoint survivant). Elle ne peut pas être supprimée par testament. Notre projet en tient compte dans sa rédaction.

Le plus sûr est de le déposer chez un notaire, qui l'inscrira au Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés (FCDDV) afin qu'il soit retrouvé au moment de la succession. Vous pouvez aussi le conserver chez vous en lieu sûr et informer une personne de confiance du lieu de conservation.

Oui, à tout moment. Vous pouvez modifier, compléter ou révoquer entièrement votre testament. Il suffit de rédiger un nouveau testament révoquant expressément le précédent.

Non. Notre service crée un projet de testament à titre d'aide à la rédaction. En cas de patrimoine complexe, de patrimoine d'entreprise ou de famille recomposée, nous recommandons en outre la consultation d'un avocat spécialisé en droit des successions ou d'un notaire.

Chiffrement SSL

Données sécurisées

Confidentialité

Conforme au RGPD

Support

Joignable par e-mail

Fondé en droit

Jurisprudence à jour